Assolement, rotation et couverts végétaux
Distinguer assolement et rotation, concevoir une rotation cohérente, tenir compte des effets précédents et des délais de retour, intégrer des légumineuses et choisir un couvert d'interculture.
Deux mots à ne pas confondre
L'assolement, c'est la répartition des cultures sur l'ensemble de l'exploitation une année donnée : cette année, 30 ha de blé, 20 ha de tournesol, 20 ha de pois, 30 ha de prairie. La rotation, c'est la succession des cultures dans le temps sur une même parcelle : blé, puis tournesol, puis pois, puis blé. C'est un exemple de rotation trop courte : le pois y revient tous les trois ans, alors qu'on vise cinq à six ans entre deux pois contre Aphanomyces ; on l'allongerait avec une orge et un colza. Les deux sont liés : si votre rotation dure cinq ans et que vous voulez un assolement stable, chaque culture occupe environ un cinquième de la surface chaque année. Exemple fictif : la ferme de la Garenne, 100 ha de grandes cultures dans le Gers, suit une rotation de cinq ans ; elle cultive donc environ 20 ha de chaque culture tous les ans, ce qui lisse le travail, la trésorerie et les risques.
L'effet précédent
Chaque culture laisse la parcelle dans un certain état pour la suivante : c'est l'effet précédent. Il joue sur l'azote restant, la structure du sol, la pression des adventices, des maladies et des ravageurs. Un blé après colza ou après pois donne couramment 5 à 10 quintaux de plus qu'un blé après blé, avec moins d'azote. À l'inverse, un blé sur blé favorise le piétin-échaudage, une maladie des racines. Les délais de retour sont aussi à respecter : on évite de revenir trop vite avec la même famille de plantes sur la même parcelle. Pour le colza et le tournesol, sensibles au sclérotinia, on vise en général trois à quatre ans d'écart ; pour le pois, sensible à un champignon du sol nommé Aphanomyces, plutôt cinq à six ans. Ces délais sont des repères techniques à ajuster selon l'état sanitaire observé.
Alterner pour mieux maîtriser
Une bonne rotation alterne les cultures d'hiver et de printemps, les plantes à racines fasciculées et pivotantes, les familles botaniques (graminées, crucifères, légumineuses, composées). L'alternance des dates de semis casse le cycle des adventices : le vulpin et le ray-grass, qui lèvent à l'automne, prospèrent dans une rotation de céréales d'hiver et régressent quand on intercale une culture de printemps ou une prairie temporaire. C'est l'un des leviers les plus puissants pour réduire les herbicides. La rotation se raisonne aussi avec les contraintes de l'exploitation : le matériel, la main-d'œuvre disponible aux pics de travaux, les débouchés commerciaux, l'accès à l'irrigation. La conditionnalité de la PAC comporte aussi des règles de rotation ou de diversification des cultures : vérifiez chaque année les exigences en vigueur auprès de la DDT ou de votre chambre d'agriculture.
Les légumineuses, des usines à azote
Les légumineuses (pois, féverole, lentille, soja, luzerne, trèfles, vesces) vivent en association avec des bactéries du sol, les rhizobiums, logées dans des nodosités sur leurs racines. Ces bactéries captent l'azote de l'air et le rendent disponible pour la plante : une légumineuse n'a donc pas besoin d'engrais azoté. Une partie de cet azote reste dans le sol et les résidus pour la culture suivante. Une luzerne de deux à trois ans ou une prairie à base de trèfle restituent beaucoup d'azote au retournement et améliorent la structure du sol grâce à leurs racines profondes. Les légumineuses sont un pilier des systèmes en agriculture biologique, où l'azote de synthèse est interdit, mais elles intéressent tous les systèmes car l'azote minéral est cher et coûteux en énergie à produire.
Les couverts d'interculture
Entre deux cultures principales, le sol reste parfois nu plusieurs mois, par exemple entre une moisson de juillet et un semis de tournesol en avril. Un couvert semé dans cette période protège le sol de l'érosion et de la battance, piège l'azote restant qui serait sinon lessivé vers les nappes (on parle de CIPAN, culture intermédiaire piège à nitrates), nourrit la vie du sol et peut étouffer les adventices. On combine souvent plusieurs espèces : une crucifère comme la moutarde pour piéger l'azote, une graminée comme l'avoine pour la biomasse, une légumineuse comme la vesce pour fixer l'azote, la phacélie pour ses racines fines. Le semis doit être le plus rapide possible après la récolte, pour profiter de l'humidité résiduelle. La destruction se fait par broyage, roulage par temps de gel, pâturage ou travail du sol. En zone vulnérable aux nitrates, la couverture des sols en interculture est obligatoire dans certains cas : les règles précises figurent dans le programme d'actions régional.
Astuce
- l'assolement répartit les cultures dans l'espace une année, la rotation les fait se succéder dans le temps sur une parcelle.
- L'effet précédent et les délais de retour conditionnent rendements et santé des cultures.
- Alterner cultures d'hiver et de printemps est un levier majeur contre les adventices.
- Les légumineuses fixent l'azote de l'air grâce aux rhizobiums.
- Un couvert d'interculture protège le sol et piège l'azote.
Pour aller plus loin
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