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RAAI Agriculture
Se situer en tant que professionnel · cours 2 sur 5 · 5 min de lecture

L'agroécosystème : sol vivant, biodiversité fonctionnelle et équilibres

Identifier les fonctions écologiques utiles à la production (fertilité, régulation des ravageurs, pollinisation, régulation de l'eau), estimer la minéralisation de la matière organique d'un sol et choisir des pratiques qui renforcent ces fonctions plutôt qu'elles ne les fragilisent.

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Des services rendus gratuitement

Une exploitation ne produit pas seulement grâce aux intrants qu'elle achète. Elle s'appuie en permanence sur des fonctions écologiques que personne ne facture : le sol recycle la matière organique et libère des éléments nutritifs, les vers de terre creusent des galeries qui laissent passer l'eau et les racines, les coccinelles mangent les pucerons, les abeilles et les bourdons pollinisent le colza et les arbres fruitiers, les haies freinent le vent et l'érosion. On parle de services écosystémiques. L'approche agroécologique, qui est celle du référentiel du BPREA, consiste à connaître ces fonctions, à les mesurer quand c'est possible et à les renforcer pour réduire la dépendance aux intrants sans perdre en production.

Coupe d'un champ de colza bordé d'une haie, qui freine le vent et l'érosion et abrite les auxiliaires. Au-dessus, une coccinelle mange les pucerons et une abeille pollinise le colza. Dans le sol, les vers de terre creusent des galeries pour l'eau et les racines. Les résidus, couverts et effluents nourrissent la matière organique, qui se minéralise de 1 à 2 % par an et libère de l'azote, du phosphore et du soufre pour la culture. À droite, ce qui fragilise ces fonctions (sol nu l'hiver, travail profond, rotations courtes, insecticides à large spectre, haies supprimées, passages en sol humide) et ce qui les renforce (couverts, rotations longues et prairies, matière organique, moins de travail du sol, haies et bandes fleuries, observer avant de traiter). En bas : un équilibre n'est pas zéro ravageur, on vise à rester sous le seuil de nuisibilité.

Le sol, un milieu vivant

Un sol n'est pas un simple support. Sous un hectare de prairie, la biomasse vivante se compte en tonnes : les vers de terre à eux seuls peuvent représenter de l'ordre d'une à deux tonnes par hectare dans une prairie permanente, beaucoup moins dans une parcelle labourée chaque année. S'y ajoutent les bactéries, les champignons, dont les mycorhizes qui prolongent les racines, les collemboles, les acariens et les nématodes. Ensemble, ils décomposent les résidus, fabriquent l'humus, structurent le sol en agrégats et rendent disponibles l'azote, le phosphore et le soufre. Un sol riche en vie tient mieux sous les roues, s'érode moins, retient plus d'eau et se réchauffe de façon plus régulière. Un test simple : un test bêche ou le slip enterré, qui montre en quelques semaines l'activité de décomposition d'une parcelle.

La matière organique, réserve de fertilité

La matière organique du sol se minéralise chaque année à un rythme de l'ordre de 1 à 2 % de son stock selon le climat, le type de sol et le travail du sol. Prenons une parcelle fictive : 4 000 t de terre par hectare sur 30 cm de profondeur, avec 2 % de matière organique, soit 80 t de matière organique par hectare. Si 1,5 % se minéralise dans l'année, cela représente 1,2 t de matière organique décomposée, qui libère plusieurs dizaines de kilos d'azote utilisables par la culture. Pour que le stock ne baisse pas, il faut le réalimenter par les résidus de culture, les couverts, les prairies et les effluents d'élevage. C'est le sens des bilans humiques que calculent les conseillers.

La biodiversité fonctionnelle

On appelle biodiversité fonctionnelle la part de la biodiversité qui rend un service à la production. Les auxiliaires des cultures en sont l'exemple le plus parlant : carabes et araignées au sol, coccinelles, syrphes et chrysopes contre les pucerons, micro-guêpes parasitoïdes, oiseaux et chauves-souris insectivores. Ils ont besoin de gîte et de nourriture toute l'année : bandes enherbées, haies diversifiées, bandes fleuries, bords de champs non traités, mares. Les pollinisateurs sauvages complètent le travail des abeilles domestiques. Un équilibre ne veut pas dire zéro ravageur : il faut un peu de proies pour garder les prédateurs. L'objectif est que les populations restent sous le seuil de nuisibilité, c'est-à-dire le niveau à partir duquel la perte de récolte coûte plus cher que l'intervention.

Ce qui fragilise, ce qui renforce

Certaines pratiques fragilisent ces fonctions : sol laissé nu l'hiver, travail profond et répété, monoculture ou rotations très courtes, insecticides à large spectre qui tuent aussi les auxiliaires, suppression des haies, tassement par des passages en conditions humides, surpâturage. D'autres les renforcent : rotations longues et diversifiées, couverts végétaux entre deux cultures, apports de matière organique, réduction du travail du sol, prairies temporaires dans la rotation, infrastructures agroécologiques comme les haies et bandes fleuries, observation avant tout traitement. Aucune pratique n'est parfaite partout : le non-labour peut favoriser les limaces ou les adventices vivaces, une haie mal placée fait de l'ombre à une culture. Le raisonnement se fait parcelle par parcelle.

Astuce

observez avant d'agir. Un tour de plaine hebdomadaire avec une loupe, une bêche et un carnet vous en dira plus sur l'équilibre de votre parcelle qu'un calendrier de traitement. Notez les auxiliaires présents à côté des ravageurs : si les momies de pucerons parasités et les larves de syrphes sont nombreuses, l'intervention peut souvent attendre.
À retenir
  • l'agroécosystème rend des services gratuits : fertilité, régulation des ravageurs, pollinisation, régulation de l'eau.
  • La matière organique du sol se minéralise de l'ordre de 1 à 2 % par an ; il faut la réalimenter.
  • La biodiversité fonctionnelle, ce sont les êtres vivants utiles à la production, comme les auxiliaires et les pollinisateurs.
  • Sol nu, travail intensif, rotations courtes et insecticides larges fragilisent ces fonctions.
  • Couverts, rotations longues, haies et observation les renforcent, à raisonner parcelle par parcelle.

Pour aller plus loin

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