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RAAI Agriculture
Agronomie : sol, climat et plante · cours 4 sur 4 · 5 min de lecture

Rotation, couverts, adventices et santé des cultures

Construire une rotation cohérente, expliquer le rôle des couverts, appliquer un seuil d'intervention, calculer un IFT, citer des alternatives au traitement chimique.

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La rotation, première protection

Un exploitant qui sème du blé sur blé pendant trois ans voit le piétin-échaudage, le vulpin et les limaces s'installer. Ce n'est pas la faute de la variété : c'est la monoculture qui offre chaque année aux parasites la même plante au même moment. La rotation, c'est alterner les familles de cultures sur une parcelle : céréales à paille, oléagineux (colza, tournesol), protéagineux (pois, féverole), cultures de printemps (maïs, orge de printemps). Alterner cultures d'hiver et de printemps casse le cycle des adventices qui lèvent en automne ; alterner les familles casse celui des maladies du sol. Une rotation de 4 à 6 ans, comme colza-blé-orge-pois-blé-tournesol, réduit les traitements avant même d'ouvrir un bidon.

À gauche, une roue de rotation sur 6 ans sur la même parcelle : colza, blé, orge, pois, blé, tournesol, colorés selon la famille (oléagineux, céréales à paille, protéagineux). En haut à droite, le blé sur blé trois ans de suite laisse s’installer piétin-échaudage, vulpin et limaces. Dessous, le calcul de l’IFT d’un blé en barres de dose : herbicide 1, fongicide 1, second fongicide 0,7, régulateur 1, insecticide 1, soit un IFT de 4,7, pour une référence régionale souvent de 4 à 5.

Les couverts d'interculture

Entre une moisson en juillet et un semis de printemps en avril, le sol resterait nu neuf mois. Un couvert d'interculture (moutarde, phacélie, avoine, vesce, trèfle, en mélange) semé après récolte occupe cet espace. Il piège l'azote restant dans le sol et évite qu'il soit lessivé, d'où le nom de CIPAN, culture intermédiaire piège à nitrates, obligatoire en zone vulnérable. Il protège le sol de la battance et de l'érosion, nourrit les vers de terre, concurrence les adventices, et ses racines pivotantes ouvrent les zones tassées. Une légumineuse dans le mélange fixe l'azote de l'air et en restitue 20 à 40 unités à la culture suivante. Le couvert est détruit avant le semis, par le gel, le rouleau, un déchaumage ou un désherbant selon les pratiques.

Les adventices

Une adventice est une plante qui pousse là où on ne la veut pas. Elle prend l'eau, l'azote et la lumière de la culture : à forte densité, le vulpin ou le ray-grass peuvent coûter 20 à 50 % du rendement d'un blé. La lutte commence par la connaissance : identifier l'espèce, savoir si elle lève en automne ou au printemps, si elle est annuelle ou vivace (le chardon, le liseron). Les leviers sans produit : la rotation, le faux semis (faire lever les graines puis les détruire avant de semer), le décalage de la date de semis, le labour occasionnel qui enfouit le stock de graines, le désherbage mécanique à la herse étrille ou à la bineuse. Les herbicides restent un levier, mais les résistances au vulpin et au ray-grass se multiplient : un même mode d'action répété chaque année finit par ne plus marcher.

Maladies, ravageurs et seuils d'intervention

Les maladies du blé (septoriose, rouilles, fusariose), du colza (sclérotinia, phoma) et les ravageurs (pucerons, limaces, altises, cécidomyies) ne justifient pas toujours un traitement. On intervient au-dessus d'un seuil : un nombre de plantes ou d'organes touchés à partir duquel la perte dépasse le coût du traitement. Exemple : sur blé, on traite contre la septoriose si plus de 20 % des troisièmes feuilles présentent des symptômes à un stade donné ; contre les pucerons d'automne, si plus de 10 % des plantes en portent. Ces seuils viennent des bulletins de santé du végétal (BSV), publiés chaque semaine par région à partir d'observations de terrain. Observer sa parcelle, lire le BSV, puis décider : c'est la protection intégrée.

L'IFT : mesurer l'usage des produits

L'indice de fréquence de traitement (IFT) compte le nombre de doses homologuées appliquées par hectare sur une campagne. Un traitement à pleine dose compte 1 ; à demi-dose, 0,5. Exemple sur blé : un herbicide à pleine dose (1), deux fongicides dont l'un à 0,7 dose (1,7), un régulateur (1) et un insecticide (1) donnent un IFT de 4,7. La référence régionale pour le blé se situe souvent autour de 4 à 5. L'IFT permet de se comparer et de suivre ses progrès ; c'est aussi un critère de certaines aides et certifications. Baisser l'IFT sans perdre de rendement passe par les seuils, la réduction de dose quand la pression est faible, et les leviers agronomiques vus plus haut.

Les alternatives au chimique

Réduire les produits, ce n'est pas ne rien faire. Variétés résistantes ou tolérantes aux maladies, mélanges de variétés, semis un peu plus tardif pour éviter les pucerons d'automne, densité de semis adaptée, biocontrôle (phéromones de confusion, micro-organismes, produits à base de soufre), auxiliaires favorisés par les haies et les bandes fleuries (coccinelles, carabes, syrphes), désherbage mécanique, décompactage biologique par les couverts. Chaque levier pris seul est faible ; combinés, ils remplacent souvent un ou deux traitements. L'important est de raisonner sur plusieurs années, à l'échelle de la rotation, plutôt que culture par culture.

avant tout traitement, on lit l'étiquette du produit, on respecte les zones non traitées près de l'eau et des habitations, le délai de rentrée et le délai avant récolte, et on ne traite pas par vent supérieur à 19 km/h ni en pleine chaleur.
À retenir
  • la rotation, en alternant familles de cultures et dates de semis, est le premier levier contre adventices et maladies.
  • Les couverts d'interculture piègent l'azote, protègent le sol et nourrissent sa vie.
  • On traite au-dessus d'un seuil, d'après l'observation et le BSV ; l'IFT mesure les doses appliquées et se réduit par la combinaison des leviers agronomiques.

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