Colza et légumineuses : implantation, ravageurs et place dans la rotation
Réussir l'implantation du colza, reconnaître ses ravageurs clés, expliquer l'intérêt agronomique des légumineuses et construire une rotation.
Pourquoi diversifier la rotation
Si tu sèmes du blé après du blé, année après année, tu verras les mêmes adventices, les mêmes maladies du pied et un rendement qui plafonne. La rotation, c'est la succession des cultures sur une même parcelle. Alterner cultures d'hiver et de printemps, céréales et dicotylédones, casse les cycles des bio-agresseurs et permet d'utiliser des herbicides différents. Le colza et les légumineuses (pois, féverole, lentille, soja, luzerne) sont les têtes de rotation classiques en grandes cultures : ils laissent un sol propre, structuré, et un reliquat azoté qui profite au blé suivant. Un blé de colza ou un blé de pois fait souvent 5 à 10 q/ha de plus qu'un blé de blé, avec moins d'azote.
Implanter le colza
Le colza d'hiver se sème tôt, du 15 août au 10 septembre, pour atteindre 8 feuilles et un collet de 8 mm avant l'hiver : une plante bien développée résiste au gel et aux larves d'altises. La densité visée est de 30 à 45 plantes/m² à la sortie de l'hiver, soit 35 à 50 graines/m² au semis avec un PMG de 4 à 5 g : environ 1,5 à 2,5 kg/ha seulement. Le semis se fait à 1 à 2 cm de profondeur, dans un sol rappuyé pour garder l'humidité, souvent en écartement large (45 cm) pour biner. Le colza aime les sols profonds et redoute les tassements : le pivot doit descendre. Un starter azoté ou un apport organique au semis aide la levée en sol pauvre, dans le respect des dates d'épandage réglementaires.
Les ravageurs du colza
Le colza est la culture aux insectes. À l'automne, la grosse altise adulte perfore les cotylédons, puis ses larves minent les pétioles ; le charançon du bourgeon terminal pond dans le cœur. Au printemps, le charançon de la tige et les méligèthes attaquent boutons et tiges, puis le charançon des siliques. La surveillance repose sur la cuvette jaune, un piège posé au niveau de la végétation et relevé deux fois par semaine, et sur des seuils : par exemple, méligèthes au stade boutons séparés sur un colza vigoureux, on tolère 6 à 9 insectes par plante avant d'intervenir. Le colza compense beaucoup : une plante vigoureuse refait des fleurs. Les traitements insecticides sont fréquemment en échec par résistance, d'où l'importance des semis précoces, des plantes compagnes et des variétés à floraison précoce.
Les légumineuses fixent l'azote
Le pois, la féverole, le soja et la luzerne vivent en symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium logées dans les nodosités de leurs racines. Ces bactéries transforment l'azote de l'air en azote assimilable : la culture n'a besoin d'aucun engrais azoté, et elle en laisse au suivant. Une féverole peut fixer 150 à 250 kg N/ha sur son cycle. En contrepartie, elles sont exigeantes sur la structure du sol et sensibles à l'excès d'eau et aux maladies du pied (aphanomyces sur pois), ce qui impose un retour tous les 5 à 6 ans au minimum. Le pois d'hiver se sème en novembre à 80 à 90 graines/m², le pois de printemps en février-mars, la féverole d'hiver en octobre-novembre à 25 à 35 graines/m². Le soja, semé fin avril, exige un inoculum de bactéries à l'implantation.
Conduire une légumineuse à graines
Le désherbage se fait surtout en prélevée ou par binage, car peu d'herbicides sont sélectifs sur ces cultures. Les ravageurs à surveiller sont les sitones (encoches sur les feuilles), les pucerons et la bruche, qui pond dans les gousses et déprécie les lots. La récolte demande du doigté : pois et féverole s'égrènent facilement, et les plantes couchées obligent à couper très bas avec une barre de coupe flexible ou des releveurs. On bat à batteur lent pour ne pas casser les graines, à 14 % d'humidité pour le pois. Le débouché oriente la conduite : alimentation animale à la ferme, vente à l'organisme stockeur, ou contrat en filière protéines végétales pour l'alimentation humaine, plus rémunérateur mais plus exigeant en qualité.
Construire sa rotation
Une rotation se raisonne sur 4 à 8 ans. Exemple classique en grandes cultures : colza – blé – orge d'hiver – pois – blé – tournesol – blé, soit 7 ans avec 3 dicotylédones et 4 céréales. Les règles : un délai de retour de 3 ans pour le colza, 5 à 6 ans pour le pois, pas plus de deux céréales à paille consécutives, une culture de printemps pour casser le vulpin. Pour vérifier une rotation, calcule la part de chaque famille : sur les 7 ans de l'exemple, les céréales occupent 4 ÷ 7 = 57 % des années. Les réglementations de la PAC imposent une diversité minimale de cultures et des couverts d'interculture en zone vulnérable : vérifier la réglementation en vigueur, elle évolue à chaque programmation.
À retenir : colza et légumineuses préparent le blé qui suit.
La cuvette jaune et le seuil décident du traitement, pas la peur.
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