Aller au contenu
RAAI Agriculture
Choix d'un équipement dans un contexte de transitions · cours 2 sur 5 · 7 min de lecture

Les ressources naturelles communes : sol, eau, air, biodiversité

C5.1 — Identifier les éléments d'un contexte professionnel préalablement à la réalisation d'une opération culturale

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

Une situation pour commencer

Mars, le sol est encore gorgé d'eau. L'exploitant veut épandre 30 m³ de lisier par hectare sur une prairie avec une tonne de 18 m³ pleine, soit près de 30 tonnes sur quatre roues. Vous remarquez que la tonne laisse des ornières de 10 cm et que le fossé en bas de la parcelle reçoit un filet d'eau brune. Rien n'est cassé, la machine fonctionne, le chantier avance. Pourtant trois ressources qui ne lui appartiennent pas viennent d'être touchées : le sol, qui s'est tassé en profondeur ; l'eau du fossé, qui emporte de l'azote ; et l'air, avec l'ammoniac qui s'évapore d'un lisier laissé en surface. Ces ressources sont dites « communes » parce que leur dégradation ne coûte pas seulement à l'exploitant, mais à tous — et parce que la loi les protège.

Un tracteur tire une tonne à lisier de 18 m³ (près de 30 t) sur une prairie gorgée d'eau en mars. Quatre ressources communes sont touchées. L'air : jusqu'à 50 % de l'azote ammoniacal s'évapore d'un lisier laissé en surface. L'eau : un filet d'eau brune part vers le fossé et emporte de l'azote. Le sol : des ornières de 10 cm, et un tassement jusqu'à 50 cm sous 10 t à l'essieu. La biodiversité : vers de terre et racines gênés pendant des années. En bas, quatre gestes possibles sans machine nouvelle : attendre le ressuyage, alléger la tonne et baisser la pression des pneus, utiliser des pendillards ou un enfouisseur, laisser une bande non épandue le long du fossé.

Le sol : une ressource qui ne se renouvelle pas à l'échelle humaine

Il faut plusieurs siècles pour former dix centimètres de sol. Trois dégradations sont directement liées aux agroéquipements. Le tassement, d'abord : une charge à l'essieu de 10 tonnes compacte jusqu'à 50 cm de profondeur, là où aucun outil ne peut aller réparer. L'érosion, ensuite : un sol nu, travaillé fin dans le sens de la pente, peut perdre 10 à 20 tonnes de terre par hectare en un seul orage. La perte de matière organique, enfin : chaque labour accélère la minéralisation et brûle une part de l'humus qui donne au sol sa structure. Le repère à connaître : la pression de contact au sol ne devrait pas dépasser 1 bar sur un sol ressuyé, et bien moins sur sol humide. Cette pression dépend de la charge par roue et de la surface de contact du pneu, donc de son gonflage.

L'eau : quantité et qualité

L'eau est mise en jeu de deux façons. En quantité, avec l'irrigation : un enrouleur qui apporte 30 mm sur 5 hectares prélève 1 500 m³ dans la rivière ou la nappe, et les arrêtés préfectoraux de restriction s'appliquent dès l'été sec. En qualité, avec les transferts : nitrates entraînés vers les nappes après un épandage mal placé, produits phytosanitaires emportés vers le fossé par ruissellement ou dérive, matières en suspension d'un sol qui s'érode. La réglementation encadre ces gestes : zones vulnérables aux nitrates avec calendrier d'épandage, bandes enherbées de 5 mètres minimum le long des cours d'eau, zones non traitées (ZNT) d'au moins 5 mètres le long des points d'eau, et de 20, 50 ou 100 mètres selon l'étiquette du produit. Un chauffeur d'épandeur ou de pulvérisateur est le premier responsable du respect de ces distances : la machine ne les connaît pas, sauf si le GPS et la coupure de tronçons sont réglés pour cela.

L'air : gaz à effet de serre et ammoniac

L'agriculture émet environ 19 % des gaz à effet de serre de la France, surtout du méthane et du protoxyde d'azote, mais aussi le CO₂ du gazole. Un tracteur de 150 ch qui laboure consomme 20 à 25 litres de gazole par hectare, soit 52 à 65 kg de CO₂ par hectare et par passage. Un déchaumage à 6 cm en consomme 6 à 8 litres. L'ammoniac est l'autre enjeu : un lisier épandu en buse palette laisse s'évaporer jusqu'à 50 % de son azote ammoniacal en quelques heures, alors qu'un enfouisseur ou des pendillards avec incorporation rapide en gardent la plus grande part dans le sol. Là, l'intérêt de l'exploitant et celui de l'air se rejoignent : l'azote qui s'évapore est de l'engrais perdu. Choisir la rampe d'épandage, c'est déjà choisir un effet sur l'air.

La biodiversité : ce qui vit dans et autour de la parcelle

La biodiversité utile à l'agriculture est concrète : les vers de terre qui structurent le sol (jusqu'à 2 tonnes par hectare dans une prairie, dix fois moins dans un sol labouré chaque année), les insectes auxiliaires qui limitent les pucerons, les pollinisateurs, les oiseaux des haies. Les agroéquipements les touchent par le travail du sol, qui détruit galeries et cocons, par la fauche, qui tue faons et nichées, et par les traitements. Des adaptations existent : barre d'effarouchement sur la faucheuse, fauche du centre vers l'extérieur pour laisser fuir la faune, fauche tardive des bords, conditionneuse réglée moins agressive quand les abeilles butinent. Les haies et bandes enherbées ne sont pas des obstacles à contourner : elles sont une ressource commune qui protège le sol et l'eau du reste de la parcelle.

L'approche écosystémique : tout se tient

L'approche écosystémique consiste à regarder la parcelle comme un ensemble où sol, eau, air et vivant interagissent, plutôt que comme une surface à traiter. Un exemple : passer d'un labour annuel à un travail du sol simplifié augmente la matière organique de surface, ce qui nourrit les vers de terre, dont les galeries améliorent l'infiltration de l'eau, ce qui réduit le ruissellement et l'érosion, ce qui protège la qualité de l'eau du fossé. Une seule décision d'équipement a touché les quatre ressources. À l'inverse, un chantier de récolte sur sol humide avec une ensileuse et des bennes de 20 tonnes crée une semelle de tassement qui gênera les racines, l'infiltration et la vie du sol pendant des années. Cette leçon vous demande de savoir suivre cette chaîne d'effets, et pas seulement de la citer.

les ressources communes sont aussi une question de responsabilité. Un épandage dans une zone non traitée, un lisier déversé au fossé, une dérive de pulvérisation sur le voisin ou un cours d'eau, c'est une infraction pénale dont le chauffeur peut avoir à répondre, pas seulement l'exploitant. Avant chaque chantier, on repère sur le plan de la parcelle les cours d'eau, points d'eau, habitations et haies protégées, on vérifie la météo (vent supérieur à 3 sur l'échelle de Beaufort : pulvérisation interdite) et l'état d'humidité du sol. Et on note ce qui a été fait : le registre d'épandage et le registre phytosanitaire sont des documents obligatoires, contrôlés, qui protègent aussi celui qui les tient correctement.

Retour à la situation

Reprenons l'épandage de lisier de mars. Le diagnostic est rapide : sol non portant, charge à l'essieu excessive, matériel d'épandage en surface, fossé à proximité. Que pouvait-on faire ? Attendre quelques jours de ressuyage, ou passer sur une parcelle plus portante ; réduire le chargement de la tonne et baisser la pression des pneus ; utiliser une rampe à pendillards ou un enfouisseur pour limiter la volatilisation d'ammoniac ; respecter une bande non épandue le long du fossé. Aucune de ces solutions n'exige une machine nouvelle : elles demandent de lire les ressources en jeu avant de démarrer. C'est exactement ce que le référentiel nomme « identification des ressources naturelles communes mises en jeu dans la situation ».

Pour aller plus loin

Vous êtes élève ? Testez-vous sur ce chapitre

6 questions corrigées, chacune avec son explication. Les trois premières se font tout de suite, sans compte ; la suite, avec une classe abonnée ou un compte personnel.

Faire les 3 premières questions

Votre classe ne l’utilise pas ? Avec un établissement abonné, tout s’ouvre et votre formateur voit où chacun en est. Envoyez-lui ce cours :