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RAAI Agriculture
Piloter le système de production · cours 3 sur 4 · 5 min de lecture

Calendrier de travail, pointes et besoin de main-d'œuvre

Estimer le travail d'une exploitation en heures et en UTH, construire un calendrier de travail, repérer les pointes et choisir une solution adaptée : réorganisation, entraide, CUMA, ETA, saisonniers ou groupement d'employeurs.

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Le travail, une ressource limitée

On raisonne souvent l'exploitation en hectares et en euros, et on oublie la ressource la plus rare : le temps des personnes. Pour le mesurer, on utilise l'UTH, unité de travail humain, qui correspond au travail d'une personne à temps plein pendant une année. Dans les statistiques agricoles, une UTH représente de l'ordre de 1 600 heures par an ; les conventions varient selon les sources, alors demandez à votre centre de gestion laquelle il utilise. Pour un salarié, la durée légale est de 35 heures par semaine, soit 1 607 heures par an. Beaucoup d'exploitants travaillent bien au-delà, ce qui ne se voit pas dans les comptes mais se paie en fatigue, en accidents et en abandons. Un projet d'installation sérieux chiffre donc le travail aussi précisément que la trésorerie.

Histogramme des heures de travail sur quatre semaines d'une exploitation maraîchère fictive de 2 ha à deux associés : 150 heures en janvier, 620 heures en juin, face à une ligne de 440 heures disponibles (2 × 55 heures × 4 semaines), ce qui laisse 180 heures manquantes en juin. Une troisième barre montre la pointe comblée : 440 heures des associés, 140 heures d'un saisonnier (35 × 4) et 40 heures restantes à gagner par la bineuse ou un décalage de plantations.

Construire le calendrier de travail

Le calendrier de travail recense, période par période, les heures nécessaires à chaque atelier. On le construit à la semaine ou à la quinzaine. Pour chaque tâche, on multiplie une quantité par un temps unitaire : hectares à biner multipliés par les heures par hectare, nombre d'animaux multiplié par le temps de soin, heures de marché et de préparation des commandes. On distingue deux types de travail. Le travail d'astreinte revient chaque jour et ne se reporte pas : traite, alimentation, soins, ramassage des œufs. Le travail de saison se fait dans une fenêtre plus ou moins large : semis, récolte, taille, foin. Il faut compter aussi le travail invisible, comme la comptabilité, les déclarations, l'entretien du matériel, la formation. En élevage, la méthode Bilan Travail de l'Institut de l'élevage aide à faire ce recensement.

Un exemple chiffré

Prenez une exploitation fictive de maraîchage diversifié : 2 ha de légumes, vente en AMAP et sur un marché, deux associés. Leur calendrier donne, en ordre de grandeur, 150 heures de travail en janvier, mais 620 heures sur les quatre semaines de juin, quand s'additionnent plantations, désherbage, récoltes, irrigation et vente. De leur côté, les associés peuvent fournir 2 × 55 heures par semaine × 4 semaines = 440 heures, et c'est déjà beaucoup. Il manque donc 620 − 440 = 180 heures en juin. En janvier, au contraire, ils disposent de bien plus de temps que nécessaire. Ce profil est typique du maraîchage, où l'on compte souvent en ordre de grandeur une UTH par hectare cultivé en vente directe, avec de fortes variations selon la mécanisation et les circuits.

Repérer les pointes et les creux

Mettez besoins et disponibilités sur le même graphique, en barres par semaine ou par mois. Une pointe apparaît chaque fois que le besoin dépasse la disponibilité. Méfiez-vous aussi des goulets d'étranglement : une récolte de foin ne demande que quelques jours, mais ces jours dépendent de la météo et tombent souvent en même temps qu'autre chose. Les creux, eux, sont précieux : c'est là qu'on place l'entretien du matériel, les chantiers de bâtiment, la formation, les congés, parfois une activité de transformation. Un bon calendrier ne cherche pas à supprimer les pointes, c'est impossible en agriculture, mais à les rendre supportables et à les prévoir assez tôt pour trouver du renfort.

Les solutions pour passer les pointes

La première piste est l'organisation : étaler les plantations, choisir des variétés précoces et tardives, simplifier une tâche, mécaniser le désherbage. Ensuite viennent les solutions collectives. L'entraide, prévue par le code rural, est un échange de services entre agriculteurs, gratuit et réciproque. La CUMA, coopérative d'utilisation de matériel agricole, met du matériel en commun et emploie parfois un chauffeur. L'ETA, entreprise de travaux agricoles, réalise un chantier avec son matériel et son chauffeur et vous facture la prestation. Vous pouvez aussi embaucher des saisonniers en contrat à durée déterminée ; la MSA propose le TESA, titre emploi simplifié agricole, qui allège les formalités. Le groupement d'employeurs permet à plusieurs exploitations de partager un salarié, qui trouve ainsi un emploi stable. Enfin, le service de remplacement fournit un agent pour vos congés, une maladie ou une naissance.

Chiffrer la solution

Reprenez les 180 heures manquantes en juin. Un saisonnier à 35 heures par semaine pendant 4 semaines apporte 35 × 4 = 140 heures. Il reste 40 heures : on peut les gagner en passant une partie du désherbage manuel à la bineuse, ou en décalant une série de plantations. Pour le coût, ne vous contentez pas du salaire brut : ajoutez les cotisations patronales, les congés payés et le temps d'encadrement. Le coût réel chargé et les dispositifs d'exonération pour l'emploi de travailleurs occasionnels évoluent chaque année ; demandez-les à la MSA ou à votre centre de gestion plutôt que de reprendre un chiffre ancien.

Astuce : notez chaque soir, pendant une saison, les heures réellement passées par atelier. Au bout d'un an, votre calendrier reposera sur vos propres temps, bien plus fiables que les références.

À retenir
  • une UTH est le travail d'une personne à temps plein sur un an ; vérifiez la convention en heures utilisée.
  • Le calendrier compare, période par période, le besoin en heures et les heures disponibles.
  • Le travail d'astreinte ne se reporte pas ; le travail de saison dépend d'une fenêtre.
  • Pour passer une pointe : réorganiser, puis entraide, CUMA, ETA, saisonniers, groupement d'employeurs, service de remplacement.
  • Le coût d'un salarié se calcule chargé, avec les chiffres à jour de la MSA.

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