Des relevés de chantier au tableau de bord d'un parc matériel
C1.2 — Étudier un phénomène social ou professionnel à l'aide de données notamment en nombre
Quel tracteur coûte vraiment cher ?
La CUMA de la vallée possède 12 tracteurs et deux télescopiques. À l'assemblée générale, un adhérent affirme que le tracteur de 180 ch « boit trop ». Le trésorier n'a pas de réponse : il a des factures de carburant, des carnets de bord remplis au crayon, et depuis un an les données de télémétrie de quatre tracteurs récents. Personne n'a jamais mis tout cela dans un même tableau. La question sociale et technique est pourtant simple : quels matériels coûtent le plus à l'heure, et faut-il en renouveler un ? Répondre demande de collecter des données, de les nettoyer, de calculer quelques indicateurs et de les présenter pour que le conseil d'administration décide en dix minutes. C'est tout l'objet de cette leçon.
Collecter des données conformes à la loi
Trois sources existent : les carnets de bord (date, chauffeur, parcelle, heures compteur, outil attelé), les factures de carburant, et la télémétrie constructeur (position GPS, régime moteur, consommation instantanée, heures). Cette dernière n'est pas neutre : une position GPS horodatée et un nom de chauffeur sont des données personnelles au sens du RGPD. La CUMA doit donc dire aux chauffeurs quelles données sont collectées, dans quel but (gestion du parc, pas surveillance des personnes), pendant combien de temps elles sont gardées, et qui y accède. Un salarié peut demander à consulter ce qui le concerne. Pour notre étude, on n'a pas besoin du nom : on remplace chaque chauffeur par un code, et on ne garde de la position que la parcelle.
Mettre en qualité : le travail invisible
Une fois les données dans un tableur, une ligne par chantier, on nettoie avant de calculer. Les doublons d'abord : un chantier saisi deux fois double la consommation. Les unités ensuite : un carnet note « 180 L » pour la journée, la télémétrie « 15,2 L/h » ; on ramène tout à une même colonne litres et une colonne heures. Les valeurs aberrantes : une ligne indique 450 L pour 2 h, soit 225 L/h, impossible pour un tracteur de 180 ch dont le plein fait 400 L ; c'est probablement un plein de cuve saisi comme un chantier. On l'écarte en le notant. Les dates au même format, les cellules vides signalées et non remplacées par zéro : un zéro est une valeur, un vide est une absence. Cette étape prend souvent plus de temps que l'analyse, et c'est elle qui rend l'analyse fiable.
Indicateurs de position : moyenne, médiane, mode
Pour le tracteur de 180 ch, on retient sept chantiers de labour avec la consommation horaire : 14, 15, 15, 16, 17, 18 et 24 L/h. La moyenne est la somme divisée par l'effectif : 119 / 7 = 17 L/h. La médiane est la valeur du milieu de la série rangée : 16 L/h, trois valeurs en dessous et trois au-dessus. Le mode est la valeur la plus fréquente : 15 L/h. Les trois ne racontent pas la même chose. La moyenne est tirée vers le haut par le chantier à 24 L/h, un labour profond en terre lourde. La médiane résiste à cette valeur extrême. Quand on compare deux tracteurs, on donne les deux ; si elles s'écartent beaucoup, c'est qu'une ou deux valeurs extrêmes pèsent, et il faut aller voir pourquoi.
Indicateurs de dispersion : étendue, quartiles, écart-type
Deux tracteurs peuvent avoir la même moyenne et des comportements très différents. L'étendue est la différence entre le maximum et le minimum : 24 − 14 = 10 L/h. Les quartiles découpent la série rangée en quatre : ici Q1 = 15 et Q3 = 18, donc la moitié centrale des chantiers consomme entre 15 et 18 L/h, un écart interquartile de 3 L/h. L'écart-type mesure l'éloignement moyen à la moyenne ; la fonction du tableur le donne, environ 3,4 L/h pour cette série. Un écart-type faible signifie un matériel utilisé de façon régulière ; un écart-type élevé signale des chantiers très différents, ou des erreurs de saisie qui ont échappé au nettoyage. La dispersion dit la confiance qu'on peut avoir dans la moyenne.
Le tableur, plus loin que la somme
Les fonctions MOYENNE, MEDIANE, QUARTILE et ECARTYPE calculent les indicateurs sur une plage. Pour comparer les 12 tracteurs sans copier-coller, on utilise un tableau croisé dynamique : les tracteurs en lignes, la somme des heures et la moyenne de consommation en colonnes, et un filtre sur le type de chantier. Une fonction de recherche (RECHERCHEV ou RECHERCHEX) va chercher le prix du carburant du mois dans une autre feuille pour calculer le coût. Les formats conditionnels colorent les cases au-dessus d'un seuil, et on ajoute toujours un symbole ou un texte à côté de la couleur pour que tout le monde lise. Enfin, on fige les données brutes dans une feuille qu'on ne modifie jamais : tous les calculs se font sur une copie. Si un calcul est faux, on peut repartir de la source.
Choisir le bon graphique
Un graphique répond à une question. Pour comparer la consommation moyenne des 12 tracteurs : un diagramme en barres, trié du plus gourmand au plus sobre. Pour suivre les heures d'un tracteur mois par mois : une courbe. Pour voir si la consommation dépend de la puissance : un nuage de points avec la puissance en abscisse et les litres par heure en ordonnée. Pour la part de chaque matériel dans le total des heures : un diagramme circulaire, si l'on a moins de six parts. Deux pièges classiques : un axe vertical qui ne part pas de zéro exagère les écarts ; deux graphiques côte à côte avec des échelles différentes empêchent la comparaison. Une carte de données spatialisées, produite avec un SIG, montre la consommation par parcelle et fait apparaître les parcelles éloignées ou en pente.
Le tableau de bord du parc
Le conseil d'administration ne lira pas 400 lignes. Il lira une page avec cinq indicateurs par matériel : heures par an, consommation moyenne et médiane en L/h, coût de carburant par heure, coût d'entretien par heure, et taux de disponibilité, c'est-à-dire la part des jours où le matériel n'était pas immobilisé. Chaque indicateur est comparé à une référence : la moyenne du parc, ou la valeur de l'an dernier. Pour le 180 ch, le tableau de bord montre 17 L/h de moyenne contre 15 pour un tracteur comparable, mais aussi 620 h par an contre 380 : il travaille davantage et sur les chantiers les plus lourds. Le tableau de bord ne remplace pas la décision, il l'éclaire : ce n'est pas le tracteur qui « boit », ce sont les chantiers qu'on lui donne.
- une donnée brute n'est utile qu'après mise en qualité, doublons retirés, unités unifiées, valeurs aberrantes écartées et notées. La moyenne et la médiane se donnent ensemble ; leur écart signale des valeurs extrêmes. La dispersion, étendue, quartiles ou écart-type, dit la confiance à accorder à la moyenne. Un graphique répond à une seule question et son axe part de zéro. Les données de télémétrie qui permettent d'identifier un chauffeur sont des données personnelles : finalité déclarée, information des personnes, durée de conservation, accès limité.
Pour aller plus loin
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