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RAAI Agriculture
Organisation des chantiers d'agroéquipement · cours 2 sur 5 · 7 min de lecture

Planifier le chantier : période, tâches et chaîne de transport

C6.1 — Préparer un chantier

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Le matin où tout se décide

Mercredi 18 septembre, 7 h. L'entrepreneur sort de la parcelle avec une poignée d'épis : le grain est au stade pâteux, le lait a disparu, la plante titre autour de 33 % de matière sèche. C'est le moment. Il reste à savoir comment enchaîner 28 ha répartis sur trois parcelles, à 1,5, 3 et 4 km du silo, avec une ensileuse qui, en bonne condition, sort 80 tonnes de fourrage par heure. Si les remorques ne suivent pas, l'ensileuse attendra au bout du champ à 250 € de l'heure. Si elles sont trop nombreuses, deux tracteurs tourneront à vide toute la journée. Planifier, c'est trouver la cadence où personne n'attend, et le faire sur le papier avant de le faire dans le champ.

Chronogramme de 0 à 50 minutes pour la parcelle à 4 km : l'ensileuse remplit sans interruption les remorques R1, R2, R3, R4 puis de nouveau R1, 9 minutes chacune ; chaque remorque enchaîne remplissage, aller, silo et retour, soit un cycle de 35 minutes, avec une minute d'attente avant son tour suivant. En bas, le calcul : 35 ÷ 9 ≈ 3,9, arrondi à 4 remorques ; à 1,5 km, le cycle tombe à 23 minutes et 3 remorques suffisent.

Choisir la période

La période de réalisation dépend d'abord de la culture. Un maïs ensilage se récolte entre 30 et 35 % de matière sèche plante entière : trop tôt, le silo coule et perd des sucres ; trop tard, le grain devient dur et se digère mal. Un blé se moissonne à 14-15 % d'humidité du grain. Ensuite viennent la météo, avec une fenêtre de trois à cinq jours sans pluie, et les autres chantiers de l'organisation. Enfin, l'ordre des parcelles : on commence en général par la plus mûre ou la plus éloignée, on garde la plus proche pour la fin de journée quand les chauffeurs fatiguent et que la lumière baisse. Une règle simple : le planning tient compte de ce qui ne se déplace pas (la maturité, la pluie) avant ce qui se déplace (l'ordre des parcelles, l'heure de départ).

Répartir les tâches

Un chantier d'ensilage mobilise cinq à sept personnes. Le conducteur de l'ensileuse donne la cadence. Les conducteurs de remorques, trois à cinq selon la distance, font la navette. Le conducteur du tracteur tasseur, au silo, étale et tasse en couches de 15 à 20 cm avec un engin lourd, souvent lesté à 8 ou 10 tonnes. Une personne au silo guide les remorques, contrôle la bâche et le film. L'entrepreneur ou un chef de chantier coordonne, fait le lien avec l'éleveur et intervient en cas de panne. On écrit cette répartition et on la communique la veille, avec les heures de rendez-vous, le plan de circulation et le numéro de chacun. Chaque personne doit savoir ce qu'elle fait, qui la remplace si elle s'absente, et à qui elle signale un problème.

Calculer le nombre de remorques

La méthode se fait en quatre temps. 1. Temps de remplissage d'une remorque : 12 t de fourrage à 80 t/h, soit 12 ÷ 80 = 0,15 h = 9 min. 2. Temps de trajet aller-retour : pour la parcelle à 4 km, 8 km à 25 km/h de moyenne, soit 8 ÷ 25 = 0,32 h = 19 min. 3. Temps de déchargement et de manœuvre au silo : 4 min de déchargement, 3 min d'attente et de manœuvre, soit 7 min. 4. Durée d'un cycle complet = 9 + 19 + 7 = 35 min. Le nombre de remorques nécessaires est le rapport entre le cycle et le temps de remplissage : 35 ÷ 9 ≈ 3,9. On arrondit au-dessus : 4 remorques, et on en prévoit une cinquième si la route est encombrée ou si le silo se trouve en montée. Pour la parcelle à 1,5 km, le cycle tombe à 9 + 7 + 7 = 23 min, et 3 remorques suffisent.

La même logique en moisson

Une moissonneuse-batteuse ne se vide pas en continu : sa trémie de 9 000 L, soit environ 7 t de blé, se remplit en 13 min environ à 80 q/ha et 4 ha/h de débit réel. Elle se vidange en 2 min par la vis, de préférence à la volée, la benne roulant à côté. Une benne de 18 t reçoit donc 2,5 trémies, environ 34 min de récolte. Si le silo de la coopérative est à 8 km, l'aller-retour prend 35 à 40 min, et la file d'attente au pont-bascule peut ajouter 20 min en pleine saison. Le cycle complet d'une benne approche alors 1 h 30 (34 + 37 + 20 min) : 90 ÷ 34 ≈ 2,7, il faut trois bennes pour que la moissonneuse ne s'arrête jamais. Le raisonnement est identique à l'ensilage : dimensionner le transport sur le débit de la machine de récolte, jamais l'inverse.

Vérifier et adapter les équipements à la commande

La commande impose des réglages précis. Une coupe fine de 8 à 12 mm demande des couteaux affûtés et un contre-couteau réglé ; on vérifie l'éclateur de grains, dont l'écartement de 1 à 2 mm doit fendre tous les grains. Le bec doit correspondre à l'écartement des rangs (75 cm en général). Sur les remorques, on contrôle les rehausses, le bâchage, les freins, l'éclairage et la pression des pneus, souvent 2,5 à 3 bar en charge. Le tracteur tasseur doit avoir une masse suffisante : on vise environ 40 % de la masse de fourrage rentrée par heure, soit 32 t de tasseurs pour 80 t/h, ce qui impose souvent trois ou quatre engins de 8 à 10 t. On adapte enfin ce qui manque : rehausses louées, remorque supplémentaire en entraide, ou débit réduit de l'ensileuse si le silo ne peut pas absorber plus.

le silo est le lieu le plus dangereux du chantier. Le tracteur tasseur travaille sur un tas qui monte à 3 ou 4 m, en pente, avec un risque de renversement latéral : on tasse dans le sens de la longueur, jamais en travers de la pente, ceinture bouclée et cabine ou arceau en place. Aucune personne à pied sur le silo pendant que le tasseur tourne. Les remorques déchargent à l'arrêt complet, frein serré, et le conducteur ne quitte pas la cabine tant que la benne est levée. On repère les lignes électriques : une benne levée peut atteindre 6 m. Au champ, le chauffeur de remorque roule à la vitesse de l'ensileuse, sans jamais se placer sous la goulotte sans contact visuel avec le conducteur.
À retenir
  • la période se choisit d'abord sur la maturité (30 à 35 % de matière sèche pour le maïs ensilage, 14-15 % d'humidité pour le blé) et la fenêtre météo, ensuite sur l'ordre des parcelles. Le nombre de remorques se calcule en comparant la durée d'un cycle complet (remplissage + trajet aller-retour + déchargement et manœuvres) au temps de remplissage d'une remorque, arrondi au-dessus. Avec une ensileuse à 80 t/h, des remorques de 12 t et un silo à 4 km, il en faut quatre. La vérification des équipements (couteaux, éclateur, bâchage, freins, masse des tasseurs) se fait avant le chantier, pas pendant, et le planning écrit est communiqué la veille à toute l'équipe.

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