Alimenter les bovins
Adapter l'alimentation au stade physiologique des animaux, choisir entre herbe pâturée, ensilage, foin et concentrés, lire une ration simple en UF et en PDI, et calculer un chargement en UGB par hectare.
Pourquoi l'alimentation commande tout
L'alimentation est en général le premier poste de charges d'un atelier bovin, et elle pèse directement sur le lait produit, la croissance des veaux, la fertilité et la santé. Les bovins sont des ruminants : leur premier estomac, le rumen, abrite des microbes capables de digérer la cellulose de l'herbe et des fourrages, que l'homme ne sait pas valoriser. C'est tout l'intérêt de l'élevage d'herbivores : transformer des prairies, souvent sur des terres impropres aux cultures, en lait et en viande. Mais ces microbes n'aiment pas les changements brusques : toute transition de ration, par exemple de l'hiver à la mise à l'herbe, se fait progressivement, sur deux à trois semaines.
Des besoins qui changent selon le stade
Une vache a d'abord des besoins d'entretien, qui dépendent surtout de son poids. S'y ajoutent les besoins de production : le lait, la croissance d'un jeune, la fin de gestation. Une vache laitière en début de lactation produit beaucoup alors que son appétit remonte lentement : elle puise dans ses réserves et maigrit, ce qui peut dégrader sa fertilité si le déficit dure. En fin de lactation et pendant le tarissement, ses besoins baissent et on évite de l'engraisser, car une vache trop grasse vêle plus difficilement. Une vache allaitante a des besoins plus modestes en hiver, mais ils remontent nettement à la fin de la gestation et pendant l'allaitement. Les génisses et les jeunes bovins ont besoin d'une croissance régulière, ni trop lente ni trop rapide.
L'herbe et le pâturage
L'herbe pâturée est l'aliment le moins cher : pas de récolte, pas de stockage, pas de distribution. Elle est riche en énergie et en protéines au printemps, plus pauvre en été quand elle sèche ou monte en graines. Le pâturage tournant découpe la surface en parcelles que le troupeau parcourt successivement, en y restant peu de jours, pour laisser l'herbe repousser entre deux passages. Il valorise mieux l'herbe qu'un pâturage continu sur une seule grande parcelle, mais demande des clôtures, des points d'eau et de l'observation. Repérez l'herbe à sa hauteur : on entre dans une parcelle quand l'herbe est assez haute, et on en sort avant de raser, pour ne pas épuiser la prairie.
Les fourrages conservés et les concentrés
Pour l'hiver ou les périodes sèches, on stocke des fourrages. Le foin est de l'herbe séchée au champ ; il se conserve bien mais sa récolte dépend de la météo. L'ensilage d'herbe et l'enrubannage conservent l'herbe humide par fermentation, à l'abri de l'air. L'ensilage de maïs apporte beaucoup d'énergie mais peu de protéines : il faut le compléter. Les concentrés corrigent ce que les fourrages n'apportent pas : céréales pour l'énergie, tourteaux de soja, de colza ou de tournesol pour les protéines, et minéraux. On compare les fourrages en matière sèche, la MS, c'est-à-dire ce qui reste une fois l'eau retirée : un kilo d'ensilage de maïs frais contient environ un tiers de kilo de MS, un kilo de foin en contient près de neuf dixièmes.
Lire une ration : UF et PDI
En France, les rations se calculent avec le système de l'INRA, aujourd'hui INRAE. L'énergie s'exprime en unités fourragères : UFL pour les vaches laitières, UFV pour les animaux à viande ; une UF correspond à peu près à l'énergie d'un kilo d'orge de référence. Les protéines s'expriment en PDI, les protéines digestibles dans l'intestin, en grammes. Lire une ration, c'est vérifier que les apports couvrent les besoins, sans les dépasser de trop. Exemple fictif, en valeurs arrondies : une vache de la ferme des Aulnes produit 30 kg de lait et a besoin d'environ 18 UFL par jour. Elle reçoit 13 kg de MS d'ensilage de maïs à 0,9 UFL, soit 11,7 UFL, et 4 kg de MS de foin à 0,7 UFL, soit 2,8 UFL : total 14,5 UFL. Il manque 3,5 UFL, apportés par environ 3,5 kg d'un mélange de céréales à 1 UFL par kilo. Il faudra aussi vérifier les PDI, que le maïs couvre mal, avec un tourteau. Les vraies valeurs viennent des tables INRAE et des analyses de vos fourrages.
Astuce
Autonomie fourragère et chargement
Une exploitation est autonome en fourrages quand elle produit elle-même ce que mange son troupeau, sans acheter de foin ou d'ensilage. L'autonomie protège contre la hausse des prix et les années sèches, à condition de garder une marge de sécurité en stock. Le chargement mesure la pression du troupeau sur les surfaces : chargement = nombre d'UGB ÷ surface fourragère principale en hectares. L'UGB, l'unité gros bétail, ramène tous les animaux à un équivalent commun : par convention, une vache laitière vaut à peu près 1 UGB, et les autres animaux sont convertis par des coefficients qui varient selon la grille utilisée. Exemple fictif : la ferme des Aulnes compte 66 UGB sur 55 ha de surface fourragère, soit 66 ÷ 55 = 1,2 UGB/ha. Un chargement élevé demande des prairies productives, de l'azote et une gestion fine du pâturage ; un chargement faible est plus sûr en année sèche.
- les besoins d'un bovin = entretien + production, et ils varient fortement selon le stade.
- L'herbe pâturée est l'aliment le moins cher ; le pâturage tournant la valorise mieux.
- L'ensilage de maïs apporte de l'énergie mais doit être complété en protéines.
- L'énergie se compte en UFL ou UFV, les protéines en grammes de PDI.
- Chargement = UGB ÷ hectares de surface fourragère.
- Les valeurs d'aliments de cette leçon sont arrondies pour l'exercice : utilisez les tables INRAE et vos analyses.
Pour aller plus loin
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