Cultures de printemps et légumineuses
Situer le maïs, le tournesol, le pois, la féverole et le soja dans une rotation, comparer leurs besoins en eau et en azote, et évaluer l'intérêt de l'azote fixé par les légumineuses pour la culture suivante.
Pourquoi diversifier au printemps
Une rotation faite seulement de céréales d'hiver pose vite des problèmes : les mêmes adventices lèvent chaque automne, comme le vulpin ou le ray-grass, les maladies se transmettent d'une année sur l'autre, et les résistances aux herbicides progressent. Introduire des cultures semées au printemps casse ce cycle : les adventices d'automne sont détruites avant le semis, les pics de travail sont étalés, et l'exploitation répartit son risque climatique et commercial sur plusieurs productions. Les légumineuses ajoutent un atout : elles fabriquent leur propre azote. C'est un des leviers de la triple performance du référentiel : moins d'intrants achetés, moins de risque de fuite de nitrates, et une charge de travail mieux répartie sur l'année.
Le maïs : productif, exigeant en eau
Le maïs se sème de mi-avril à mi-mai, quand le sol dépasse une dizaine de degrés, à une densité de l'ordre de 80 000 à 100 000 grains/ha pour le grain. Il a besoin de chaleur et d'eau au moment de la floraison, en juillet : un manque d'eau à cette période coûte cher en rendement. Les ordres de grandeur sont de 90 à 100 q/ha en sec dans de bonnes terres, et de 110 à 130 q/ha en irrigué, ce qui suppose souvent 150 à 250 mm d'eau apportée. Il absorbe de l'ordre de 2,2 kg d'azote par quintal. La récolte a lieu en octobre avec un grain encore humide, autour de 25 à 35 % d'eau : le séchage jusqu'à 15 % représente une charge importante, à intégrer dans la marge. Le maïs ensilage, lui, sert à l'alimentation des bovins.
Le tournesol : sobre et adapté au sec
Le tournesol se sème en avril, à environ 55 000 à 65 000 graines/ha. Son enracinement profond lui permet d'aller chercher l'eau là où d'autres cultures souffrent, ce qui en fait une culture de choix dans les sols séchants du Sud-Ouest et du Centre. Ses besoins en azote sont modestes, souvent 40 à 60 kg/ha apportés, parfois aucun après un bon précédent. Les rendements tournent autour de 20 à 30 q/ha. Il reste sensible aux dégâts d'oiseaux à la levée et à certaines maladies comme le phomopsis ; on évite de le faire revenir trop souvent sur la même parcelle, une fois tous les quatre ou cinq ans environ. Ses graines sont vendues à l'huilerie, avec des débouchés spécifiques pour les variétés oléiques.
Pois, féverole, soja : les légumineuses à graines
Le pois protéagineux, de printemps ou d'hiver, donne de l'ordre de 30 à 50 q/ha, avec une forte variabilité selon l'année. La féverole est dans le même ordre de grandeur, mais elle est sensible à la bruche, un insecte qui déprécie les graines destinées à l'alimentation humaine. Pour ces deux cultures, un retour tous les cinq à six ans au moins limite les maladies du sol, en particulier l'aphanomyces du pois, contre lequel il n'existe aucun traitement. Le soja, semé en avril-mai, aime la chaleur : on le cultive surtout dans le Sud-Ouest, en Rhône-Alpes et dans l'Est, souvent irrigué, pour 25 à 35 q/ha. La bactérie qui lui permet de fixer l'azote n'est pas présente naturellement dans les sols français : la première année, il faut inoculer la semence.
L'intérêt de l'azote fixé
Les légumineuses vivent en association avec des bactéries du genre Rhizobium logées dans des nodosités sur leurs racines. Ces bactéries captent l'azote de l'air et le rendent disponible pour la plante. Résultat : on n'apporte aucun engrais azoté sur un pois, une féverole ou un soja, ce qui baisse nettement les charges opérationnelles, souvent autour de 300 €/ha contre 500 €/ha pour un blé, en ordre de grandeur. Leurs résidus laissent aussi de l'azote à la culture suivante : on compte en général 20 à 60 kg d'azote économisés sur le blé qui suit, et un gain de rendement souvent cité entre 5 et 10 q/ha par rapport à un blé sur blé. Ce bénéfice se mesure donc sur deux années, pas sur la seule légumineuse.
Astuce
- les cultures de printemps cassent le cycle des adventices d'automne et répartissent le risque.
- Le maïs est le plus productif mais exige de l'eau à la floraison et un séchage coûteux.
- Le tournesol valorise les sols séchants avec peu d'azote.
- Les légumineuses n'ont pas besoin d'engrais azoté et en laissent au blé suivant ; leur intérêt se juge sur la rotation.
- Exemple fictif : sur la ferme du Moulin, 150 ha, la rotation colza, blé, tournesol, blé, pois, orge a permis de réduire l'azote acheté d'environ 15 % en quatre ans, selon les calculs de l'exploitant.
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