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RAAI Agriculture
Atelier grandes cultures · cours 3 sur 4 · 5 min de lecture

La fertilisation azotée raisonnée

Calculer une dose d'azote prévisionnelle par la méthode du bilan, l'ajuster avec un reliquat sortie hiver, la fractionner selon les stades et situer les obligations de la directive nitrates.

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Pourquoi raisonner l'azote

L'azote est le premier facteur de rendement des céréales et souvent le premier poste de charges opérationnelles : de l'ordre de 150 à 300 €/ha sur un blé selon le prix de l'engrais, qui varie fortement d'une année à l'autre. Trop peu, et le rendement et les protéines chutent. Trop, et l'excédent part vers les nappes sous forme de nitrates ou vers l'air sous forme de protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre puissant. Raisonner l'azote, c'est apporter ce dont la culture a besoin, au moment où elle en a besoin, en comptant d'abord ce que le sol fournit gratuitement. C'est un bon exemple de triple performance : on gagne en marge, en qualité de l'eau et en bilan climatique en même temps.

À gauche, deux colonnes de même hauteur pour une parcelle fictive à 80 q/ha : les besoins, 80 × 3 = 240 kg N/ha, face à une pile qui additionne le reliquat sortie hiver (40), la minéralisation de l'humus (50), l'effet du précédent pois (20) et, au sommet, la dose à apporter, 130 kg N/ha. À droite, les trois apports fractionnés : un petit au tallage, parfois supprimé, le gros à épi 1 cm, et une réserve d'environ 40 kg N/ha à la dernière feuille, décidée par un outil de pilotage (pince à chlorophylle, jus de base de tige, images satellite ou drone). En bas, le calcul : 240 − (40 + 50 + 20) = 130 kg N/ha.

La méthode du bilan

La méthode de référence en France est celle du bilan prévisionnel, formalisée par le COMIFER. Son principe tient en une phrase : dose à apporter = besoins de la culture − fournitures du sol. Les besoins se calculent à partir de l'objectif de rendement, fixé sur la moyenne des rendements obtenus sur la parcelle les années précédentes, pas sur le record : besoins = objectif (q/ha) × besoin unitaire (kg N/q), soit environ 3 kg N/q pour un blé tendre. Les fournitures du sol regroupent l'azote minéral déjà présent en sortie d'hiver, la minéralisation de l'humus pendant la culture, l'effet du précédent et celui des effluents d'élevage épandus. Les valeurs de ces postes sont fixées pour chaque région par un arrêté préfectoral, sur proposition du GREN, le groupe régional d'expertise nitrates : votre chambre d'agriculture vous les fournit.

Un calcul de dose pas à pas

Prenons une parcelle fictive de limon, la parcelle des Grands Champs. Objectif : 80 q/ha de blé, soit des besoins de 80 × 3 = 240 kg N/ha. Fournitures du sol : reliquat mesuré en sortie d'hiver 40 kg N/ha, minéralisation de l'humus 50 kg N/ha, effet du précédent pois 20 kg N/ha, pas d'effluents. Total fourni : 40 + 50 + 20 = 110 kg N/ha. Dose à apporter : 240 − 110 = 130 kg N/ha. Si l'engrais est une solution azotée N39, qui apporte 39 kg d'azote pour 100 litres, il faut 130 ÷ 0,39, soit environ 333 litres de produit par hectare. C'est une version simplifiée : la méthode complète ajoute d'autres postes, comme l'azote restant dans le sol à la récolte ou l'efficacité de l'engrais, que le logiciel ou la grille régionale prennent en compte.

Le reliquat sortie hiver

Le reliquat sortie hiver, ou RSH, est la quantité d'azote minéral présente dans le sol à la fin de l'hiver, sur la profondeur explorée par les racines. On le mesure en prélevant de la terre à la tarière, par horizons de 30 cm, en plusieurs points de la parcelle, puis en l'envoyant au laboratoire. Il varie beaucoup : un hiver très pluvieux lessive l'azote, un précédent légumineuse ou un apport de fumier l'augmente. C'est pourquoi on le mesure chaque année sur des parcelles types plutôt que de recopier la valeur de l'an passé. À défaut de mesure, les références régionales donnent une valeur moyenne par type de sol et de précédent, moins précise.

Fractionner et piloter

Le blé n'absorbe presque rien en hiver et beaucoup pendant la montaison. On fractionne donc la dose, classiquement en trois apports : un petit apport au tallage, parfois supprimé si le reliquat est élevé ; le gros apport autour d'épi 1 cm ; un dernier apport vers la dernière feuille, qui joue surtout sur les protéines. La méthode la plus répandue consiste à garder une réserve d'environ 40 kg N/ha sur le dernier apport, puis à décider de l'apporter ou non avec un outil de pilotage : mesure de la teneur en chlorophylle des feuilles avec une pince, analyse du jus de base de tige, images satellites ou de drone. Ces outils ajustent la dose au vrai état de la culture au lieu de l'objectif fixé en février.

La directive nitrates en principe

La directive européenne nitrates de 1991 vise à protéger les eaux. En France, elle s'applique dans les zones vulnérables, délimitées par bassin et révisées régulièrement : une grande partie des terres de grandes cultures y est classée. Les obligations y sont fixées par un programme d'actions national complété par un programme régional : équilibre de la fertilisation calculé par la méthode du bilan, plan prévisionnel de fumure et cahier d'enregistrement des apports, périodes pendant lesquelles l'épandage est interdit, couverture des sols à l'automne, bandes enherbées le long des cours d'eau, et un plafond de 170 kg d'azote par hectare et par an issu des effluents d'élevage. Les dates et conditions précises changent selon la région et les révisions : vérifiez-les auprès de votre chambre d'agriculture ou de la DDT.

À retenir
  • dose = besoins de la culture − fournitures du sol.
  • Les besoins partent d'un objectif de rendement réaliste, la moyenne de la parcelle, pas le record.
  • Le reliquat sortie hiver se mesure chaque année.
  • On fractionne selon les stades et on garde une réserve pilotée par un outil.
  • En zone vulnérable, le plan prévisionnel de fumure et le cahier d'enregistrement sont obligatoires ; les paramètres régionaux se trouvent à la chambre d'agriculture.

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