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RAAI Agriculture
Atelier porcins · cours 4 sur 4 · 6 min de lecture

Valoriser et mesurer la rentabilité

Comparer la vente en filière longue et en circuit court, connaître les obligations sanitaires de la vente de viande et de charcuterie, et calculer une marge sur coût alimentaire et un coût de production au kilo.

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La filière longue : groupement et cadran

La grande majorité des porcs français sont vendus par l'intermédiaire d'un groupement de producteurs, qui organise l'enlèvement, la vente aux abattoirs et souvent l'appui technique. Le prix de référence se forme au Marché du porc français, installé à Plérin dans les Côtes-d'Armor et longtemps appelé Marché du porc breton : on le surnomme le cadran, car les enchères s'y affichent sur un cadran électronique, sans que les animaux soient présents. Chaque porc est ensuite payé selon son poids de carcasse et sa qualité, mesurée à l'abattoir par le taux de muscle, avec des plus-values ou des moins-values autour du prix de base. Ce prix varie beaucoup d'une année et d'un mois à l'autre : selon Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture, le cours du porc a été en moyenne de 1,93 € par kilo de carcasse en 2025, en baisse de 8,6 % sur un an. L'éleveur en filière longue produit en volume et vit des écarts entre ce prix et son coût de production.

En haut, la marge sur coût alimentaire de 39 porcs fictifs de la ferme des Ormes : en caissettes à 7,00 € net le kilo, 25 935 € de produit moins 7 560 € de porcelets et d'aliment laissent 18 375 €, environ 471 € par porc ; au cours moyen 2025 de 1,93 €, le produit de 7 150,65 € ne couvre pas les 7 560 € et la marge est de −409,35 €. En bas, le coût de production de 4,52 € par kilo de carcasse, découpé en porcelets, aliment, autres charges et travail (16 760 € ÷ 3 705 kg), face au prix net de 7,00 €, laisse environ 2,48 € par kilo pour le temps de vente et le risque.

Le circuit court : de l'abattoir à la charcuterie

Vendre soi-même permet de mieux valoriser chaque porc, mais ajoute des étapes. L'abattage d'un porc dont la viande est vendue se fait dans un abattoir agréé : réservez vos créneaux, parfois loin, et organisez le transport. La découpe et la transformation se font soit chez un prestataire agréé, soit dans votre propre laboratoire. Si vous vendez directement au consommateur, à la ferme, au marché ou en caissettes, une déclaration auprès de la DDPP ou de la DDecPP suffit, avec le formulaire Cerfa 13984, et vous devez respecter les règles d'hygiène : plan de maîtrise sanitaire, chaîne du froid, traçabilité, formation à l'hygiène. Si vous vendez à d'autres commerçants, comme un boucher ou un restaurant, il faut un agrément sanitaire, ou une dérogation à l'agrément limitée en quantités et à une distance de 80 km au plus des établissements livrés. Les règles et les seuils se vérifient auprès de la DDPP de votre département avant de vous lancer.

La marge sur coût alimentaire

Pour suivre l'atelier au quotidien, les éleveurs utilisent la marge sur coût alimentaire : on part du produit, c'est-à-dire les ventes d'animaux et de viande, on retire les achats d'animaux, puis le coût de l'aliment. Marge sur coût alimentaire = produit − achats d'animaux − coût de l'aliment. Elle se calcule vite, par bande ou par an, et se compare facilement d'une année à l'autre. Elle ne dit pas tout : il reste à payer les bâtiments, l'énergie, le vétérinaire, la paille, les assurances et votre travail. Mais comme l'aliment pèse de l'ordre de 60 % du coût de production, une marge sur coût alimentaire qui baisse est presque toujours le premier signal d'alerte.

Un exemple chiffré sur une exploitation fictive

La ferme des Ormes, exploitation fictive de grandes cultures, engraisse chaque année 40 porcelets en plein air. Elle les achète 75 € pièce à 25 kg : 40 × 75 = 3 000 €. Un porc meurt en cours de lot, 39 sont vendus. Avec ses céréales et un complément acheté, le lot consomme 12 tonnes d'aliment, valorisées au prix du marché à 0,38 € le kilo : 12 000 × 0,38 = 4 560 €. Chaque porc donne 95 kg de carcasse, soit 39 × 95 = 3 705 kg. En caissettes, la ferme obtient un prix net de 7,00 € par kilo de carcasse, une fois payés l'abattage, la découpe et l'emballage : produit = 3 705 × 7,00 = 25 935 €. Marge sur coût alimentaire = 25 935 − 3 000 − 4 560 = 18 375 €, soit environ 471 € par porc vendu. Vendus au cours moyen de 2025, 1,93 € par kilo, les mêmes porcs rapporteraient 3 705 × 1,93 = 7 150,65 €, soit une marge sur coût alimentaire négative de 409,35 € : avec des porcelets achetés et un indice de consommation élevé, ce petit atelier plein air n'a de sens qu'en circuit court.

Le coût de production au kilo

Le coût de production additionne toutes les charges de l'atelier et les divise par les kilos vendus. Reprenons la ferme fictive des Ormes. Aux porcelets, 3 000 €, et à l'aliment, 4 560 €, s'ajoutent 3 200 € d'autres charges : paille, vétérinaire, eau, électricité des clôtures, amortissement des cabanes et des clôtures, assurance. L'atelier demande environ 300 heures de travail par an, hors vente, que l'exploitant rémunère à 20 € de l'heure : 6 000 €. Coût total : 3 000 + 4 560 + 3 200 + 6 000 = 16 760 €. Coût de production : 16 760 ÷ 3 705 ≈ 4,52 € par kilo de carcasse. Face à un prix net de 7,00 €, il reste environ 2,48 € par kilo pour rémunérer le temps de vente, qui n'est pas compté ici, et le risque. Comptez toujours votre travail : sans lui, un atelier peut sembler rentable alors qu'il vous paie moins que le salaire minimum.

Un petit atelier plein air associé à une autre production

Beaucoup de projets de BPREA associent quelques truies ou un engraissement plein air à des grandes cultures, du maraîchage ou un élevage de ruminants. Les atouts sont réels : les porcs valorisent les céréales et les écarts de tri de la ferme, leurs déjections fertilisent les parcelles de la rotation, et la vente de charcuterie attire des clients vers les autres produits. Les contraintes le sont aussi : des clôtures conformes aux règles de biosécurité, un travail quotidien, y compris le week-end, un abattoir parfois éloigné, et du temps de transformation et de vente qu'on sous-estime souvent. Avant de vous lancer, chiffrez le temps de travail semaine par semaine, contactez l'abattoir et un atelier de découpe, et faites relire votre prévisionnel par un conseiller de la chambre d'agriculture.

À retenir
  • en filière longue, le prix se forme au cadran de Plérin et varie fortement ; le cours moyen 2025 était de 1,93 € par kilo de carcasse selon Agreste.
  • En circuit court, l'abattage se fait en abattoir agréé ; la vente directe au consommateur demande une déclaration, la vente à d'autres commerçants un agrément ou une dérogation.
  • Marge sur coût alimentaire = produit − achats d'animaux − coût de l'aliment.
  • Coût de production = total des charges, travail compris ÷ kilos vendus.
  • Les exemples chiffrés de cette leçon sont fictifs : refaites-les avec vos propres prix.

Pour aller plus loin

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