Aller au contenu
RAAI Agriculture
Atelier ovins et caprins · cours 1 sur 4 · 6 min de lecture

Conduire le troupeau et la reproduction

Situer les grands systèmes ovins et caprins, bâtir un calendrier de reproduction avec l'effet bélier ou l'effet bouc, préparer les mises bas et calculer la fertilité, la prolificité et la productivité numérique d'un troupeau.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

Quatre grands systèmes

Avant de parler technique, situez votre projet. En ovins viande, vous vendez des agneaux, élevés en bergerie et vendus jeunes, ou élevés à l'herbe et vendus plus tard ; c'est le système le plus répandu en France, souvent sur des surfaces difficiles à valoriser autrement. En ovins lait, les brebis sont traites, surtout dans le rayon de Roquefort, dans les Pyrénées-Atlantiques et en Corse, et le lait part à la laiterie ou est transformé sur place ; une brebis laitière produit de l'ordre de 200 à 350 litres par lactation selon la race et le système. En caprins lait, les chèvres, surtout de races Alpine et Saanen, produisent de l'ordre de 800 à 1 000 litres par an en élevage livreur, principalement dans le Centre-Ouest. Enfin, le système fromager fermier, en chèvres comme en brebis, transforme tout le lait à la ferme : moins d'animaux, beaucoup plus de travail, et une valeur ajoutée bien plus forte. Ces chiffres sont des ordres de grandeur : comparez-les aux références de votre région.

Quatre barres pour la bergerie des Combes, exemple fictif : 300 brebis mises en lutte, 270 qui mettent bas, 432 agneaux nés et 390 agneaux sevrés. Des crochets relient les barres deux à deux : fertilité 270 ÷ 300 = 90 %, prolificité 432 ÷ 270 = 1,6, mortalité (432 − 390) ÷ 432 ≈ 9,7 %. Un grand crochet de la première à la dernière barre donne la productivité numérique, 390 ÷ 300 = 1,3 agneau sevré par brebis mise en lutte, l’indicateur qui compte le plus pour le revenu.

Des espèces saisonnées

Brebis et chèvres sont des espèces à reproduction saisonnière : c'est la baisse de la durée du jour, de la fin de l'été à l'automne, qui déclenche leur activité sexuelle. Au printemps, la plupart des femelles ne viennent plus en chaleur ; on parle d'anœstrus saisonnier, plus ou moins marqué selon les races. Le cycle sexuel, c'est-à-dire l'intervalle entre deux chaleurs, dure environ 17 jours chez la brebis et environ 21 jours chez la chèvre. La gestation dure environ cinq mois dans les deux espèces, autour de 145 à 150 jours. Pour bâtir votre calendrier, partez de la période où vous voulez vendre, agneaux pour Pâques ou lait en automne par exemple, puis remontez : cinq mois de gestation avant la mise bas, et une préparation des femelles et des mâles avant la lutte.

La lutte et l'effet mâle

La lutte est la période pendant laquelle les femelles sont mises en présence des mâles, ou inséminées. En lutte naturelle, on compte en ordre de grandeur un bélier adulte pour 30 à 50 brebis, moins pour un jeune mâle ou en contre-saison. Préparez les mâles environ deux mois avant : état des pieds, des testicules, état corporel, car la production de spermatozoïdes demande à peu près ce délai. L'effet bélier, ou effet bouc chez la chèvre, repose sur un constat simple : quand on introduit brusquement des mâles dans un lot de femelles qui ne les voyaient, ne les sentaient ni ne les entendaient plus depuis plusieurs semaines, une grande partie des femelles ovulent dans les jours qui suivent, puis viennent en chaleur de façon groupée, avec un pic environ 17 à 25 jours après l'introduction chez la brebis. Les mises bas sont alors regroupées, ce qui facilite la surveillance et la constitution de lots homogènes.

Astuce

équipez les mâles d'un harnais marqueur et changez la couleur du crayon à chaque cycle, soit tous les 17 jours en brebis. Les femelles marquées d'une deuxième couleur sont revenues en chaleur : elles n'ont pas été fécondées au premier passage, et vous saurez à l'avance qui mettra bas en retard.

Désaisonner

Désaisonner, c'est obtenir une reproduction en dehors de la saison naturelle, par exemple pour livrer du lait de chèvre en automne ou des agneaux à une période mieux payée. La méthode la plus répandue en caprins utilise la lumière : on fait croire aux animaux que les jours raccourcissent, après une période de jours longs artificiels en bâtiment, parfois complétée par un implant de mélatonine, puis on associe l'effet bouc. Des traitements hormonaux de synchronisation existent aussi, notamment pour l'insémination artificielle ; ils se font sur prescription de votre vétérinaire et avec l'appui du centre d'insémination, et le cahier des charges de l'agriculture biologique a ses propres règles sur ce point : renseignez-vous avant de choisir. Le désaisonnement demande une bonne alimentation et des animaux en bon état : une femelle maigre répond mal.

Gestation et mises bas

Une échographie réalisée en milieu de gestation, en ordre de grandeur entre 45 et 90 jours après la lutte, permet de repérer les femelles vides et de compter les fœtus. Vous pouvez alors faire des lots : les femelles portant des jumeaux ou des triplés ont des besoins bien plus élevés en fin de gestation. L'agnelage, ou le chevrotage chez la chèvre, se prépare : cases propres et paillées, lumière, eau, matériel de réanimation et de désinfection du cordon. La première tétée de colostrum, dans les toutes premières heures de vie, est décisive : c'est lui qui apporte les anticorps au nouveau-né. Si une mise bas ne progresse pas, ne forcez pas : faites appel à votre vétérinaire ou à un éleveur expérimenté.

Mesurer les résultats de reproduction

Trois taux résument la réussite de la reproduction. La fertilité est le nombre de femelles qui mettent bas divisé par le nombre de femelles mises en lutte. La prolificité est le nombre de jeunes nés divisé par le nombre de femelles qui ont mis bas. La productivité numérique est le nombre de jeunes sevrés, ou produits, divisé par le nombre de femelles mises en lutte : c'est l'indicateur qui compte le plus pour le revenu, car il intègre les pertes. Exemple fictif : la bergerie des Combes met 300 brebis en lutte ; 270 mettent bas, soit une fertilité de 270 ÷ 300 = 90 %. Elles donnent 432 agneaux, soit une prolificité de 432 ÷ 270 = 1,6. On sèvre 390 agneaux : la mortalité est de (432 − 390) ÷ 432, soit environ 9,7 %, et la productivité numérique de 390 ÷ 300 = 1,3 agneau par brebis mise en lutte.

À retenir
  • brebis et chèvres se reproduisent naturellement quand les jours raccourcissent ; le désaisonnement demande lumière, effet mâle ou traitement prescrit.
  • Cycle d'environ 17 jours chez la brebis, 21 jours chez la chèvre ; gestation d'environ cinq mois.
  • L'effet bélier ou bouc regroupe les chaleurs après une vraie séparation des mâles.
  • Fertilité = mises bas ÷ femelles mises en lutte ; prolificité = nés ÷ mises bas ; productivité numérique = sevrés ÷ femelles mises en lutte.
  • Les volumes de lait et les ratios cités sont des ordres de grandeur : comparez-vous aux références de votre région.

Pour aller plus loin

Vous êtes élève ? Testez-vous sur ce chapitre

6 questions corrigées, chacune avec son explication. Les trois premières se font tout de suite, sans compte ; la suite, avec une classe abonnée ou un compte personnel.

Faire les 3 premières questions

Votre classe ne l’utilise pas ? Avec un établissement abonné, tout s’ouvre et votre formateur voit où chacun en est. Envoyez-lui ce cours :