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RAAI Agriculture
Atelier ovins et caprins · cours 2 sur 4 · 6 min de lecture

Alimenter le troupeau

Adapter l'alimentation au stade physiologique des brebis et des chèvres, organiser un pâturage tournant, lire une ration simple, assurer l'abreuvement et mesurer l'autonomie alimentaire de l'exploitation.

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Des besoins qui changent au fil de l'année

Une brebis ou une chèvre n'a pas les mêmes besoins en janvier et en juin : ils suivent son stade physiologique. À l'entretien, femelle vide et tarie, les besoins sont bas. Autour de la lutte, on améliore souvent l'alimentation pendant quelques semaines, c'est le flushing, pour favoriser les ovulations. En début de gestation, on cherche la stabilité : ni excès, ni privation brutale. La fin de gestation, les six dernières semaines environ, est la période critique : c'est là que les fœtus grossissent le plus, alors que la place dans la panse diminue. Une femelle portant des jumeaux et sous-alimentée à ce moment risque la toxémie de gestation, une maladie métabolique grave. Enfin, la lactation, pour nourrir les jeunes ou pour la traite, est la période de besoins les plus élevés, avec un pic quelques semaines après la mise bas.

Courbe sans échelle des besoins d’une brebis ou d’une chèvre au fil des stades : bas à l’entretien, légère hausse au flushing autour de la lutte, stables en début de gestation, en forte hausse pendant les six dernières semaines, la période critique où des jumeaux sous-alimentés exposent à la toxémie, puis au plus haut avec un pic de lactation quelques semaines après la mise bas. La lutte et la mise bas, séparées d’environ cinq mois de gestation, sont marquées avec un état corporel visé autour de 3. En bas, un rappel : faire des lots.

Surveiller l'état corporel

La note d'état corporel, notée de 0 à 5, s'apprécie en palpant le dos au niveau des reins : on sent plus ou moins les os sous la couche de muscle et de gras. Elle vous dit si l'alimentation passée a été suffisante, bien mieux qu'un coup d'œil sur la laine ou le poil. En ordre de grandeur, on vise une note autour de 3 à la lutte et à la mise bas, et on évite les chutes brutales en début de lactation. Notez un échantillon d'animaux aux moments clés de l'année, et faites des lots : les maigres, les primipares et les porteuses de plusieurs fœtus ne doivent pas recevoir la même ration que les autres.

Le pâturage tournant

Le pâturage tournant consiste à découper les prairies en parcelles, les paddocks, sur lesquelles le troupeau reste peu de temps, souvent quelques jours, avant de passer à la suivante. L'herbe a ensuite le temps de repousser, en ordre de grandeur trois à six semaines selon la saison, avant le retour des animaux. Vous valorisez mieux l'herbe, qui est l'aliment le moins cher, et vous limitez la réinfestation parasitaire, abordée dans la leçon sur la santé. Pour dimensionner un paddock, multipliez l'effectif par la consommation d'herbe par animal et par jour, puis par la durée de séjour, et divisez par l'herbe disponible. Exemple fictif : 200 brebis consommant 2 kg de matière sèche par jour pendant 4 jours, sur une prairie offrant 1 200 kg de matière sèche par hectare, demandent 200 × 2 × 4 ÷ 1 200, soit environ 1,33 ha. Les chèvres, elles, aiment brouter en hauteur, haies et broussailles, et sont plus exposées aux parasites de l'herbe rase.

Fourrages et concentrés

On raisonne en matière sèche, la MS, c'est-à-dire ce qui reste quand on retire l'eau : un foin contient environ 85 % de MS, un enrubannage ou un ensilage beaucoup moins. Les fourrages, herbe, foin, enrubannage, paille, forment la base de la ration et entretiennent la rumination. Les concentrés complètent : céréales pour l'énergie, protéagineux comme le pois ou la féverole et tourteaux pour les protéines. En France, on exprime les besoins et les apports avec le système mis au point par l'INRAE : les unités fourragères, ou UF, pour l'énergie, et les PDI pour les protéines. Tout changement de ration se fait progressivement, sur deux à trois semaines en ordre de grandeur : un apport brutal de céréales expose à l'acidose, un trouble digestif auquel les chèvres laitières sont particulièrement sensibles.

Lire une ration simple

Exemple fictif, à titre d'illustration seulement : un lot de 100 brebis en fin de gestation, portant des jumeaux, reçoit par jour et par brebis 1,6 kg de MS de foin et 0,5 kg de mélange céréales et pois. Pour le lot, il faut donc 1,6 × 100 = 160 kg de MS de foin, soit 160 ÷ 0,85, environ 188 kg de foin tel quel, et 50 kg de mélange. Pour prévoir vos stocks, faites le même calcul sur la saison : 250 brebis nourries 120 jours à 1,8 kg de MS par jour consomment 250 × 120 × 1,8 = 54 000 kg, soit 54 tonnes de MS, c'est-à-dire environ 63,5 tonnes de foin à 85 % de MS. Les quantités réelles dépendent de la qualité de vos fourrages : faites analyser vos foins et calculer vos rations avec votre technicien ou votre conseiller.

L'abreuvement

L'eau est le premier aliment, et le plus oublié. Une brebis boit plusieurs litres par jour, beaucoup plus en lactation, par temps chaud ou quand la ration est sèche. Une chèvre laitière boit, en ordre de grandeur, plusieurs litres d'eau par litre de lait produit : un manque d'eau fait baisser la production le jour même. L'eau doit être propre, disponible à volonté et accessible à tous les animaux du lot, y compris les plus timides. Vérifiez chaque jour les abreuvoirs, nettoyez-les régulièrement, et prévoyez une solution contre le gel en hiver et contre l'eau trop chaude au pâturage l'été.

Viser l'autonomie alimentaire

L'autonomie alimentaire est la part des aliments consommés par le troupeau qui est produite sur l'exploitation. On la calcule en matière sèche, ou séparément pour les fourrages et pour les concentrés. Exemple fictif : un troupeau consomme 60 tonnes de MS par an, dont 48 produites sur la ferme ; son autonomie est de 48 ÷ 60 = 80 %. Plus elle est élevée, moins vous dépendez des prix des aliments achetés, qui peuvent varier fortement d'une année à l'autre. Les leviers : des prairies à flore variée riches en légumineuses, des méteils céréales et protéagineux récoltés en grain ou en fourrage, un chargement adapté au potentiel de vos surfaces et un stock de sécurité pour les années sèches.

À retenir
  • les besoins suivent le stade physiologique ; la fin de gestation et la lactation sont les périodes à ne pas manquer.
  • La note d'état corporel vous dit si l'alimentation passée a été suffisante ; faites des lots.
  • Le pâturage tournant valorise l'herbe et limite les parasites.
  • On raisonne en matière sèche ; tout changement de ration se fait progressivement.
  • L'eau propre à volonté n'est pas négociable.
  • Autonomie alimentaire = aliments produits sur la ferme ÷ aliments consommés.

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